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Quelque part en Europe, un navire de guerre sera achevé cette année. S’il suit le cycle de vie habituel de sa classe, il sera encore en service en 2050.

Certains des officiers qui le commanderont au cours de ses dernières années de service sont encore en formation. Les menaces auxquelles il sera confronté au cours de cette dernière décennie n’ont pas encore émergé. Il en va de même pour la plupart des systèmes qu’il embarquera pour y faire face.

C’est la réalité des programmes navals modernes, et il en va sensiblement de même pour les systèmes aériens et terrestres. La plateforme peut rester en service pendant des décennies, mais presque tout ce qu’elle contient évoluera. Les capteurs, les logiciels, les effecteurs (capacités utilisées pour contrer une menace) et les systèmes de communication seront modernisés ou remplacés, souvent plus d’une fois. Une grande partie de ce travail sera réalisée par des ingénieurs qui n’auront jamais travaillé aux côtés des personnes ayant conçu la plateforme d’origine.

Le défi ne consiste donc pas seulement à concevoir et à livrer un système hautement performant. La plateforme doit rester pertinente à mesure que son environnement évolue.

Un avantage qui ne se conserve pas en restant immobile

Pendant trois décennies, la supériorité dans le domaine de la défense répondait à une définition bien connue : une plus grande portée, de meilleurs capteurs et une meilleure protection. Déployer le système le plus performant permettait de conserver l’avantage.

Cette logique reste valable. Mais elle ne suffit plus à elle seule.

L’évolution rapide de l’environnement de défense actuel le montre clairement. Une nouvelle catégorie de drones apparaît. Une technique de brouillage suit. Les logiciels évoluent en réponse. Un nouveau capteur ou une nouvelle capacité entre en service et, peu après, quelqu’un développe une contre-mesure.

Le cycle se poursuit.

Ce qui compte de plus en plus, c’est la rapidité avec laquelle une organisation peut observer ce qui se passe, en tirer des enseignements, élaborer une réponse, la tester, la déployer, puis recommencer.

La supériorité dépend désormais autant du rythme d’adaptation que des capacités.

Pour une plateforme appelée à rester en service pendant vingt-cinq ans, il ne s’agit pas d’un défi temporaire. Sa capacité à s’adapter contribuera à déterminer si elle reste crédible des années après le départ de l’équipe qui l’a conçue.

Le problème de capacité n’est qu’une partie de l’équation

Depuis la Zeitenwende (un « tournant historique »), l’Europe s’est engagée à reconstruire ses capacités de production de défense en investissant dans de nouvelles installations, de nouveaux équipements et des effectifs supplémentaires. Ces investissements sont nécessaires et attendus depuis longtemps.

Mais construire davantage de plateformes et moderniser celles qui sont déjà en service sont deux problèmes différents.

Prenons l’exemple d’un navire qui entre dans sa douzième année de service et dont le système de combat doit être remanié. Avant de pouvoir effectuer cette modification en toute confiance, les ingénieurs doivent savoir précisément ce qu’ils modifient. Quelle configuration est déployée ? Quelles exigences s’appliquent ? Quelles modifications ont déjà été intégrées ? Qu’est-ce qui a été approuvé et qu’est-ce qui a réellement été construit ?

Après plusieurs années de service, il peut être étonnamment difficile de répondre à ces questions.

Les exigences, les dossiers de modification, les approbations et les informations techniques peuvent être dispersés entre différents systèmes, documents, feuilles de calcul et échanges. Certaines des connaissances les plus importantes peuvent encore être détenues par un groupe relativement restreint de personnes expérimentées.

Cette situation peut rester gérable lorsqu’une seule plateforme est construite sur une longue période. Elle devient une contrainte majeure lorsque plusieurs équipements déjà déployés doivent être modernisés rapidement.

Et l’ingénierie n’est que le début. Une modification peut avoir des répercussions sur les achats, la fabrication, le maintien en condition opérationnelle, les fournisseurs et, à terme, les équipages qui utilisent la plateforme. Chaque groupe a besoin d’informations fiables sur ce qui a changé et sur la configuration concernée.

Allier rapidité et contrôle

Accélérer simplement le traitement des modifications crée un autre problème.

Une version logicielle, le remplacement d’un composant ou une modification de conception sur une plateforme de défense s’accompagne de nombreuses dépendances. Les essais, la qualification, les approbations, la documentation et les exigences de sécurité doivent tous suivre la modification. Des années plus tard, une organisation peut encore avoir besoin de démontrer précisément ce qui s’est passé et pourquoi.

La rapidité sans cette rigueur ne fait que déplacer le risque en aval.

L’objectif est de rendre les changements plus rapides tout en les gardant maîtrisables. À tout moment, un programme doit pouvoir établir ce qui a changé, pourquoi, qui l’a autorisé et quelle configuration a été affectée.

Lorsque ces relations sont conservées dans le dossier technique, les ingénieurs n’ont pas besoin de reconstituer l’historique à chaque nouveau cycle de modernisation. La traçabilité est déjà assurée.

Préserver l’intégrité du dossier technique

Les programmes de défense réunissent des maîtres d’œuvre, des fournisseurs, des autorités gouvernementales et d’autres acteurs, souvent pendant plusieurs décennies. Ils sont également soumis à des exigences strictes en matière de contrôle des exportations, de certification et de sécurité. Même des informations étroitement liées peuvent être soumises à des restrictions d’accès ou à des niveaux de classification différents.

Maintenir toutes ces informations connectées va bien au-delà d’un simple problème de gestion documentaire.

La gestion de configuration, la traçabilité et la continuité numérique fournissent la structure nécessaire pour comprendre une plateforme au fil de son évolution. Les exigences peuvent rester connectées aux informations d’ingénierie, de fabrication et d’exploitation, tandis que les accès sont gérés en fonction des besoins et des autorisations de chaque participant.

Cela ne signifie pas que tous les systèmes existants doivent disparaître. Les systèmes en place peuvent continuer à remplir efficacement leur rôle, tandis que des interfaces relient les informations nécessaires à l’échelle du programme.

L’essentiel est de préserver les relations entre ces informations.

Lorsqu’une modification est apportée plusieurs années après le déploiement, les ingénieurs doivent pouvoir la retracer dans le dossier technique et identifier les configurations qu’elle affecte. Il doit en aller de même pour la modification suivante, puis pour celle d’après.

C’est là qu’Aras Innovator® peut jouer un rôle. Il offre aux organisations de défense une base gouvernée permettant de relier les exigences ainsi que les informations d’ingénierie, de production et d’exploitation entre des systèmes qui n’ont jamais été conçus pour fonctionner comme un ensemble unique.

Les programmes n’ont pas besoin d’atteindre cet objectif au moyen d’un remplacement unique et à haut risque. Les données existantes peuvent être migrées progressivement, les systèmes en place peuvent être connectés et la continuité numérique peut être étendue à mesure que les besoins évoluent. Dans la défense et d’autres environnements critiques, des organisations ont adopté cette approche progressive tout en transférant des millions d’objets de données existants vers une plateforme moderne sans compromettre leur intégrité.

Le bénéfice pratique est simple. Les équipes passent moins de temps à reconstituer l’historique d’une plateforme avant de pouvoir la modifier en toute sécurité. Les audits sont plus faciles à prendre en charge. Et la modernisation peut avancer plus rapidement, car le contexte technique à l’origine de chaque décision a été préservé.

La véritable mesure de la supériorité

Revenons au navire qui entre en service aujourd’hui.

Sa capacité à rester crédible en 2050 dépendra en partie de la qualité de sa construction en 2026. Mais ce n’est que le point de départ.

Au cours des vingt-cinq prochaines années, il pourra recevoir de nouveaux capteurs, logiciels, systèmes de communication, armements et autres capacités que ses concepteurs d’origine ne pouvaient pas anticiper. Certaines modifications seront planifiées des années à l’avance. D’autres devront peut-être être mises en œuvre rapidement en réponse à ce qui se passe sur le terrain.

La question est de savoir si l’organisation qui soutient ce navire pourra suivre le rythme.

La capacité de défense de l’Europe ne sera pas assurée uniquement par de nouvelles installations de production. Elle dépendra également de la rapidité avec laquelle de nouvelles connaissances pourront être transformées en modifications maîtrisées des systèmes déjà en service.

La supériorité technologique se mesure de plus en plus dans la durée. L’avantage revient aux organisations capables de continuer à apprendre, à s’adapter et à améliorer leurs systèmes plus rapidement qu’un adversaire ne peut réagir.

Aucune plateforme numérique ne peut créer à elle seule cette capacité d’adaptation. Mais sans un dossier technique fiable indiquant ce qu’est un système, pourquoi il a évolué et comment ses différents éléments sont liés, chaque cycle de modernisation commence avec un déficit d’information.

C’est le nouveau rythme de la supériorité. Et la plateforme qui entre en service aujourd’hui sera évaluée selon ce critère pendant encore plusieurs décennies.

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